dimanche 17 mars 2019

Leon Dormido (Le Lion endormi)

Lorsqu’on arrive à Isla San Cristobal ,l’île la plus à l’est des Galápagos, un ancien volcan affaissé ,le relief est tout en rondeurs et douceurs. Un bloc de Granit aux arêtes vives situé à quelques milles des cotes nous interpelle: une faille d’à peine quelques dizaines de mètres détache un énorme stalagmite et l’ensemble ferait presque penser à un iceberg dont on aimerait bien voir la partie immergée.
5 jours plus tard nous sommes au pied de ce colosse sur un bateau de plongée: nous allons voir ce que cache ce « lion endormi ».
La première partie de notre excursion nous emmène dans la baie Cerro Brujo , plage de sable immaculé qui contraste avec les roches de lave d’un noir d’ébène ponctué de crabes rouges orangés; l’eau turquoise a cette couleur froide que l’on voit au pied des glaciers; carte postale de rêve dont notre appareil photo ne se lasse pas. Les oiseaux vaquent à leur occupation principale ,la quête de nourriture, absolument pas perturbés par notre présence, tel ce couple de d’échassiers miniatures accompagné de leur progéniture qui passera à quelques mètre de nous dans la totale indifférence ; seuls quelques taons viendront goûter notre peau fragile et nous rappeler l’envers du décors....car si l’eau fraîche ((19°) n’est pas rebutante pour une baignade, on nous conseille de ne pas aller trop loin...
L’excitation monte d’un cran avec le briefing de notre première plongée; José Luis Ballesteros notre « dive instructor » qui maîtrise aussi bien son art que son homonyme bien connu des golfeurs nous prévient: il va y avoir du monde , et du gros! Très riches en sédiments, l’eau est trouble aux Galápagos, on reste groupés ! Mise en condition immédiate, l’immersion se fait à quelques mètres d’un abrupt rocheux de 80m et nous nous engouffrons dans une faille de dix mètres de large, 7m de profondeurs. Les parois sont tapissées de petites gorgones et truffées d’oursins crayons; si les tortues se prélassent, la faune habituelle du récif (perroquets, chirurgiens, soldats , dieudons) sont animés de mouvements vifs et rapides; la houle rythme notre progression dans ce couloir un peu obscur mais où pointe déjà la lueur venant de l’autre issue. Rapidement , ce n’est pas 1 ni 2 ni 3, mais 5, 10 , 15, des dizaines de requins qui se découpent en ombres chinoises. Nous  les approchons, nous les croisons et ils nous entourent... La tension a monté d’un cran: pointes noires , pointes planches de 1 à 3 mètres de long. José Luis pointe sa torche pour mieux faire ressortir leurs formes et leurs reflets argentés . Curieux mais sans animosité ils vont nous livrer un ballet digne d’un grand spectacle.
Avant que le courant ne nous refoule de ce couloir, retour en arrière vers un plateau à 20m de fond; nous évoluons en douceur avec les tortues, la multitude de poissons et encore quelques requins côté grand bleu; nous profitons d’un courant un peu plus chaud pour faire une intrusion dans un immense banc de sardines qui se déplace tel un essaim géant de plusieurs dizaines de mètres; nous sommes dans un tourbillon si dense que la lumière ne pénètre plus pendant quelques secondes pour à nouveau ressurgir dans une spirale scintillante de ces milliers de poissons argentés striés de noir ...C’est trop pour une seule plongée mais pas assez pour José Luis qui veut nous emmener voir les requins marteau....Il y a 32 minutes que nous sommes partis et l’un de nos compagnons de plongée , sans doute submergé par l’émotion, a déjà vidé sa bouteille et nous devons interrompre la féerie . Ça tombe bien, Chantal commence à grelotter de froid malgré une combinaison de 5mm.
Nous aborderons la 2ème plongée par le côté au vent, un peu plus loin de la paroi, dans une eau un peu plus trouble et encore un peu plus froide ; nous évoluerons dans des bancs de barracudas puis de thons, nous entr’apercevrons le requin marteau et seront survolés par une raie mantra....qu’elle journée ! Le lion endormi cachait bien son jeu et cette plongée restera parmi les plus belles et la plus excitante de notre expérience de plongeurs.
Cette excursion du jour est le reflet de ce que nous découvrons depuis notre arrivée à San Cristobal des Galápagos; une île à la nature intacte et sauvage, des paysages surprenants et une faune d’une richesse exceptionnelle qui se laisse approcher sans crainte.
Il semble que l’on ai trouvé ici un compromis entre tourisme et préservation de la nature. Une chose est sure, les Galápagos valent le détour!














lundi 24 juillet 2017

Providencia

Après Islas de la Bahia, Iles Cayman et la Jamaique, quelle pourrait être notre prochaine destination.. ? Les iles de San Andres et de Providencia sont à voir ; situées près des côtes du Honduras, elles font partie de la Colombie. C’est à plus de 425 milles, soit presque 900km , mais ça reste sur la route de Bocas Del Toro au Panama où nous envisageons de laisser karacool cet été. Par contre, détail important, c’est au portant, c’est à dire avec des vents favorables, ça va nous changer des navigations de ces derniers mois.  Donc, cap au Sud ouest !

Nous quittons Port Antonio juste après le passage d’un déluge de pluies ; ciel chargé, mer houleuse à la sortie de la baie, faut vraiment se faire violence pour y aller…..Conformément aux prévisions météo, le soleil pointe son nez, l’alizé s’établit, le ciel et la mer reprennent des couleurs et le moral remonte au beau fixe ! 

Départ en fanfare pour Karacool , vent par le travers 12-15nd , qui déboule avec 1 ris dans la GV à  plus de 10 nds; il y avait longtemps que nous n’avions été à pareille fête !
Après 4h à ce rythme soutenu , pour contourner la pointe sud est de la Jamaîque, il nous faut abattre pour prendre la direction de Providencia ; le vent devient alors grand largue tout en faiblissant à moins de 10nds et restera ainsi pendant toute la traversée. Avec l’aide d’une légère houle de l’arrière, le bateau glisse sans effort et ce sont finalement 468 milles qui seront parcourues en 80h, à 6nds de moyenne… Seulement ? me dire vous , oui, mais dans le plus grand confort et tout à la voile svp !  Les plaisirs de la navigation au portant avec un cata, c’est vraiment du bonheur!
Notre plus longue traversée avec Karacool: un peu plus de 3 jours et 3 nuits ; la zone n’est que très peu fréquentée ( nous n’avons repéré qu’un bateau la première nuit), mais nous assurons une veille permanente ; pleine lune, quelques nuages , la luminosité est envoutante et les heures de quart inspirent à la rêverie…. il n’y a rien d’autre à faire que de regarder l’horizon. Libéré de toute contrainte, l’esprit voyage, la pensée nous fait revivre le passé entre sourires et amertumes, le futur se reconstruit entre angoisses et enthousiasmes, les délires et les fantasmes s’expriment….. Bienvenus dans le shoot du navigateur au long cours !
Heureusement, la faim, le sommeil et de longues lectures permettent de recoller à la réalité.

Voir le film de la traversée et l'escale à Providencia: https://vimeo.com/224896558

Terre en vue ! Une longue barrière de corail protège l’ile de Providencia et il nous faut la contourner par le Sud pour aborder l’entrée d’un chenal parfaitement balisé : nous mouillons dans l’immense baie de Santa Isabel, relief montagneux recouvert d’une dense végétation ; eau claire avec fonds de sable et d’algues, nous sommes parfaitement protégé de la houle ; nous allons y rester 2 semaines !




Accueil très agréable de la part des autorités; c’est la première fois qu’on nous gratifie d’un vrai « Buenvenito" accompagné d’un guide de navigation du pays!
Pas facile de communiquer par internet à Providencia: la connexion est d’une lenteur….  aucun hôtel ou bar n’en est équipé; il faut dire que cette ile est encore à l’état brut et que le tourisme y est très discret. On y circule essentiellement en 2 roues ; les gens sont d’une gentillesse assez rare….toujours prêts à nous rendre service ou à nous renseigner et ce sans la moindre contrepartie. C’est à la bibliothèque municipale que nous avons pu avoir le meilleur spot wifi dont on nous fait profiter gracieusement….

Depuis notre arrivée nous ne sommes pas gâtés par la météo: grisaille et pluies torrentielles…la saison des pluies se prépare…et on a du faire face à quelques infiltrations inhabituelles au niveau des hublots, capots de pont et câble d’alimentation du radar dans le mat, qui nous ont inondé le parc à batteries et une des salle de bain …..donc on s’occupe!

Les ballades en dinghy sont donc compromises et c’est dommage, car cette ile possède une immense barrière de corail sur sa cote Est avec un lagon de plusieurs centaines de m de largeur et 25km de long….….les couleurs  (on la surnomme la mer des 7 couleurs) seraient sublimes mais sans soleil, pas de miracle!

On se console donc avec une petite visite de l’ile en scooter ; s’il faut à peine 2 h pour en faire le tour nous y passerons 2 jours afin d’explorer tous les sentiers, et petites plages ; cela confirme l’absence totale de développement touristique; à part quelques petites posadas ou maisons d’hôte et quelques rares restaurants, nada! Les plages sont désertes et il n’y a pas foule pour s’inscrire aux quelques excursions ou sorties en bateau organisées. Nous pensions faire l’ascension du Peak (350m) mais là encore le mauvais temps et donc l’absence de panorama une fois arrivé au sommet nous en a dissuadé.

Histoire d’en rajouter un petit peu , le vent s’est levé et a fait décrocher l’ancre de Karacool: il a fallu 2 nouvelles tentatives pour enfin arriver à sécuriser notre mouillage. Un coup d’oeil sur la météo semble indiquer que cela ne va pas s’arranger rapidement dans cette zone des Caraïbes…

Nous faisons la connaissance d’un couple d’americains ; cela nous motive pour aller plonger avec un club local; malgré une mauvaise visibilité, des fonds magnifiques et une faune abondantes: nous avons croisés des requins, d’énormes mérous, des colonies de langoustes…..encore une fois, la faible fréquentation de cette ile a sans doute préservé cette richesse exceptionnelle .


Providencia est sans doute l’ile des caraibes qui a su rester authentique et qui mérite qu’on s’y atarde….mais pour nous le calendrier avance et San Andres nous attends ; cap au Sud, à peine 50 milles.




























mardi 9 mai 2017

Jamaica



Si je vous demande ce qu’évoque pour vous La Jamaïque, vous allez me citer Bob Marley ou  Usain Bolt, mais rarement James bond.
Non, non, je n’ai pas déjà fumé un petit pétard. En 42, Ian Fleming (vous connaissez…) tombe amoureux de ce pays alors inconnu ; il achète un terrain à Oracabessa Bay et y construit une demeure qu’il appelle Goldeneye, du nom de code d’une des missions à laquelle il a participé avec la Navy pendant la 2eme guerre mondiale. C’est là qu’il trouve l’inspiration pour écrire son premier roman : Casino Royal …le succés de 007 et la notoriété de son auteur vont rendre célèbre cette destination touristique qu’est la Jamaïque.


C’est dans cette minuscule baie d’Oracabessa, que karacool est mouillé depuis 5 jours. A nos jupes, coté tribord le Goldeneye Resort et à babord la James Bond Beach. (Par contre Ursulla Andres n’est pas là….)
Le premier est un hôtel de luxe entre mer et lagune pour une clientèle VIP (no photo please…), l’autre est un centre de loisir règlementé et principalement fréquenté par les jamaïcains. Ce site exceptionnel est une presqu’ile dont l’aménagement sans doute conçu il a quelques dizaines d’années n’a perdu aucun charme ; on y vient pour flaner, faire du sport, se baigner, ou encore se restaurer aux rythmes du reggae et autres musiques Jamaïcaines. Car s’il y a une chose que les jamaïcains aiment, c’est bien la musique ! Elle est partout, forte, envoutante, apportant cette nonchalance typique des iles.

Comme à la Réunion (autrefois…) vous ne croisez pas quelqu'un sans qu’il vous gratifie d’un signe, d’un “Hey man“. Marquez un petit temps d’arrêt, la conversation s’engage….l’anglais est un peu spécial, le «patwa», (ou alors mes oreilles ne s’arrangent pas avec le temps), mais ce n’est pas grave, il y a toujours quelques banalités à raconter, une petite indication à donner et bien sûr la traditionnelle proposition de “marijuana“…. on se quitte avec un grand sourire et une touche avec poing fermé…COOL ! Certes ce sont les $, JMD ou US, qui les intéressent, car la vie est chère en Jamaïque, très chère et beaucoup de Jamaïcains sont pauvres !    
Après Montego, Discovery baie, Occho Rios et Oracabessa nous avons longé la côte nord de la Jamaique jusqu’à Port Antonio : 200km de relief montagneux, une végétation dense et une côte rocheuse qui rappelle un peu notre côte d’Azur : baies bien abritées avec villes ou petits ports de pêche, de très belles habitations en bord de mer ou perchées sur les rochers ; par contre de nombreux hôtels, parfois d’énormes complexes immobiliers sans charme, ou pire encore,… une mine de bauxite. Tourisme puis bauxite sont les principales richesses de cette grande ile des Caraïbes!


 Port Antonio fut un haut lieu de tourisme à l’époque de Errol Flynn (star d’Hollywood dans les années 50). Aujourd’hui il ne reste que quelques demeures défraichies dans cette baie pourtant magnifique. C’est là que nous laissons Karacool pour quelques jours (si, si, c'est lui à gauche, on a fait quelques modifications...).




A Kingston, nous avions choisi un hôtel dans Uptown, le quartier moderne, quartier des affaires, des hôtels internationaux et des restaurants « chics ». Nous sommes allés à Downtown , l’ancien centre, pour visiter la Nationnal Gallery. Bien qu’ayant fini sa journée, le gardien a attendu que nous soyons pris en charge par notre taxi avant de partir….
Nous avons également visité le musée Bob Marley : beau témoignage à ce personnage qui a porté la musique reggae et la culture Rastafari à travers le monde.



Enfin nous voulions voir les Blue Mountains; en taxi par des routes de montagne défoncées puis à pied en traversant les plantations de café, nous sommes allés nous perdre dans un endroit improbable : Bangor Ridge. Sous une trombe d'eau, après 20 mn de marche dans un sentier étroit ruisselant de  pluie, nous voilà dans notre gite, d’une autre époque... Nous avons passé la nuit, seuls (nous hôtes étant repartis chez eux). Un endroit qui nous a rappelé le cirque de Salazie à la Réunion, mais il y a plus d’un siècle….

Voici donc le cadre de notre approche de la Jamaïque.  Un beau pays qui a malheureusement été dénaturé par le tourisme. Un pays dont la population est attachante et qui s’est affirmé par son histoire et par sa culture (à lire et à découvrir….).


Demain nous reprenons notre navigation vers l’Ouest : 450 milles nous séparent de Providencia. Puis encore 250 pour rejoindre le Panama… Karacool va ajouter des milles à son compteur !


Discovery baie


Le paddle ne fait pas que de la figuration, 

petit bar pour rhum-coca et wifi


Montego

Orabessa, port de pêche également

concentrée! 

Sur tous le Daycharters,  musique à fond, l'équipage met le feu! 


c'est décidé, je me laisse pousser les cheveux pour des tresses à la Rasta






La Réunion même

notre gite, fuites d'eau mais pas de moustique..

heureusement que nous avions un guide, le chemin n'est ni fréquenté ni balisé

case bois sous tôle, un classique!


enfin du poisson frais!