Retour à Trinidad ou les rêveries à la barre
de karacool
Vendredi 17 juillet 9h30 au large de St Vincent, la visibilité est à peine de
10 miles et aucune terre n'est en vue. La brume de sable (présente depuis
plusieurs mois dans les Caraïbes) nous donne l'impression d'avoir emmené Karacool au
milieu de l'océan. Nous naviguons depuis maintenant plus de 24 heures ; la nuit a été longue à veiller
au poste de barre et une certaine fatigue commence à se faire sentir.
En phase avec les mouvements du bateau, le corps
se libère de toute tension; le regard perdu vers l'horizon, l'esprit est lui
aussi à la dérive : une sorte d'état second s'installe doucement ....
les pensés défilent dans la
dans la tête et on se repasse le film des dernières heures et des dernières
semaines: flashback sur les épisodes...
Il y a d'abord eu cette euphorie du départ de
Pointe a Pitre hier matin; avec un vent favorable et notre Karacool étincelant
dans sa nouvelle peinture, les 250 miles jusqu'à Grenade nous
semblaient une formalité
.
Et puis rapidement à peine 2h après le départ, au
premier changement de voilure alors que le vent forçait : claquement
sourd de la voile qui se déchire.....consternation devant cette fatalité et colère d'avoir
été si imprudent en étarquant peut être un peu trop fort le point d'écoute ....on m'avait pourtant mis en
garde!
Boule d'angoisse lorsque la nuit est devenue toute
noire et que Karacool continuait à flirter
avec les 10nds sous 3ris tel un pur-sang
lancé dans un galop fou . Dans une mer assez formée, l'eau se dérobe,
sensation d'apesanteur pendant une fraction de seconde, ....... Mais la
prochaine vague est là, elle éclate sur l'étrave faisant parfois s'envoler des gerbes d'eau jusqu'au cockpit. Dans
cette chevauchée, on se cramponne, les yeux fixés dans la nuit , à la recherche d'un
obstacle imaginaire.
Sale impression de se demander ce qu'on est venu
faire dans cette galère!
Et puis, ...et puis..... au dessus de nous, cette vision
spectaculaire de la voie lactée! ce soir elle est sublimée par l'obscurité
totale: les milliards de constellations sont bien là, éclairant
presque la nuit. A l'arrière, les jupes engendrent des tourbillons bouillonnants, et comme le ciel, la mer étincelle de ses millions d'éclats du
plancton phosphorescent , les sillages de Karacool sont comme des étoiles
filantes!
Alors...le cœur se pince d'émotion et le
revoilà, ce sentiment d'être à la place que nous avons choisi : inconsciemment c'est ce
spectacle et ces moments que nous recherchions.
Et puis l'aube s'est enfin levée, soleil
timide , la mer parait plus calme, plus accueillante, quel bonheur de revoir les étraves !
Chantal est au poste de barre; elle aura fait
preuve d'un courage extraordinaire. Me relayant dans les quarts sans hésitation, et ce matin au petit jour, nous sommes fiers de la
distance parcourue et de notre effort...les Grenadines ne sont pas loin..... Même avec 3 ris, "ça va le faire" comme dirait Pascal!
Pascal est celui qui nous a repeint le
bateau; Pascal Poisson est un ancien coureur cycliste pro des années 80(
quelques tours de France comme équipier de Laurent Fignon); c'est donc un fonceur, un bourreau de
travail que rien n'effraie .... La conclusion de cette aventure est encore
toute fraîche comme la peinture et le sika qui me sont restés collés sous les
ongles.. Nous avions décidé de faire repeindre Karacool mais nous ne pensions pas que cela nécessiterait
un tel investissement personnel.....L'épreuve a été éprouvante
physiquement et mentalement, mais le résultat est là: comme je l'ai écrit sur
mon avatar Skipe: le nouveau karacool est arrivé
Dans 2 j nous devrions être à Trinidad
et je repense à la première page du
blog, à la préparation du bateau . Que de travail accompli durant ces 8 mois! (et pourtant il semble en rester encore beaucoup; la page "le bateau" décrit les problèmes techniques rencontrés)
Que de rencontres nouvelles, impromptues et
surprenantes dont certaines vont s’ajouter à notre carnet d’adresse.
Que de paysages au cours des 1000 miles parcourus,
une dizaine d’états, une trentaine d’iles et autant de mouillages où chaque
matin est un horizon nouveau.
La nouvelle
vie que nous recherchions se construit !
Nous avons essayé de vous faire vivre un peu de tout ça au travers des
quelques pages de notre blog,
mais j’ai la
sensation que nous sommes sur une autre planète; il est probable que les photos et les mots n'ont pas le même impact dans votre quotidien de terrien....sorry les amis! C'est l'occasion pour nous de vous inviter à venir nous rejoindre pour partager une petite tranche de vie sur Karacool.
. Cette page sera donc la dernière de ce qu'on pourrait appeler le premier
chapitre.
Dans moins de 2 semaines nous serons heureux de
prendre l'avion avec l'enthousiasme de retrouver nos proches et nos amis
auxquels nous n'avons pas arrêté de penser durant ces derniers mois. Quel bonheur en perspective.
Mais pendant que je vous écris tout cela. Le
vent a molli et nous ne serons pas à Grenada ce soir... Union Island est
devant nous. Peut être qu'une nuit a Chatam Bay sera la bienvenue; on va en profiter pour mettre un peu d'ordre dans le restant de voile qui est saucissonnée sur la baume....
Le nouveau Karacool
Quelques photos souvenir de notre séjour à La Guadeloupe
La Soufriere, 1477m, une paille à coté de notre Fournaise, mais les vapeurs de souffre accentuent ce sentiment d'être aux portes de l'enfer
Basse Terre
Musée à St claude, une initiative d'un particulier qui s'est attaché à collectionner les objets anciens et à restaurer les vieilles automobiles, étonnant!
Grande Terre
à Morne à l'eau le cimetière du centre ville est impérial
Les falaises d'Ouessan? non, nous sommes à la pointe nord de Grande Terre
les Saintes, encore et encore; cette fois nous sommes montés au Chameau, le point le plus élevé de l'archipel: quel spectacle
Pendant que vous assistiez au Sakifo, nous étions au Festival Terre de Blues à Marie Galante