dimanche 2 août 2015

Retour à Trinidad


Retour à Trinidad ou les rêveries à la barre de karacool

Vendredi 17 juillet 9h30 au large de St Vincent, la visibilité est à peine de 10 miles et aucune terre n'est en vue. La brume de sable (présente depuis plusieurs mois dans les Caraïbes) nous donne l'impression d'avoir emmené Karacool au milieu de l'océan. Nous naviguons depuis maintenant plus de 24 heures ; la nuit a été longue à veiller au poste de barre et une certaine fatigue commence à se faire sentir.
 En phase avec les mouvements du bateau, le corps se libère de toute tension; le regard perdu vers l'horizon, l'esprit est lui aussi à la dérive : une sorte d'état second s'installe doucement ....
les pensés défilent dans la dans la tête et on se repasse le film des dernières heures et des dernières semaines: flashback sur les épisodes...

Il y a d'abord eu cette euphorie du départ de Pointe a Pitre hier matin; avec un vent favorable et notre Karacool étincelant dans sa nouvelle peinture, les 250 miles jusqu'à Grenade nous semblaient une formalité .
Et puis rapidement à peine 2h après le départ, au premier changement de voilure alors que le vent forçait : claquement sourd de la voile qui se déchire.....consternation devant cette fatalité et colère d'avoir été si imprudent en étarquant peut être un peu trop fort le point d'écoute ....on m'avait pourtant mis en garde!

Boule d'angoisse lorsque la nuit est devenue toute noire et  que Karacool continuait à flirter avec les 10nds  sous 3ris tel un pur-sang lancé dans un galop fou . Dans une mer assez formée, l'eau se dérobe, sensation d'apesanteur pendant une fraction de seconde, ....... Mais la prochaine vague est là, elle éclate sur l'étrave faisant parfois s'envoler des gerbes d'eau jusqu'au cockpit. Dans cette chevauchée, on se cramponne, les yeux fixés dans la nuit , à la recherche d'un obstacle imaginaire.

Sale impression de se demander ce qu'on est venu faire dans cette galère!

Et puis, ...et puis..... au dessus de nous, cette vision spectaculaire de la voie lactée! ce soir elle est sublimée par l'obscurité totale: les milliards de constellations sont bien là, éclairant presque la nuit. A l'arrière, les jupes engendrent des tourbillons bouillonnants, et comme le ciel, la mer étincelle de ses millions d'éclats du plancton phosphorescent , les sillages de Karacool sont comme des étoiles filantes!

Alors...le cœur se pince d'émotion et le revoilà, ce sentiment d'être à la place que nous avons choisi : inconsciemment c'est ce spectacle et ces moments que nous recherchions.

Et puis l'aube s'est enfin levée, soleil timide , la mer parait plus calme, plus accueillante, quel bonheur de revoir les étraves !

Chantal est au poste de barre; elle aura fait preuve d'un courage extraordinaire. Me relayant dans les quarts sans hésitation, et ce matin au petit jour, nous sommes fiers de la distance parcourue et de notre effort...les Grenadines ne sont pas loin..... Même avec 3 ris, "ça va le faire" comme dirait Pascal!



Pascal est celui qui nous a repeint le bateau; Pascal Poisson est un ancien coureur cycliste pro des années 80( quelques tours de France comme équipier de Laurent Fignon); c'est donc un fonceur, un bourreau de travail que rien n'effraie .... La conclusion de cette aventure est encore toute fraîche comme la peinture et le sika qui me sont restés collés sous les ongles.. Nous avions décidé de faire repeindre Karacool mais nous ne pensions pas que cela nécessiterait un tel investissement personnel.....L'épreuve a été éprouvante physiquement et mentalement, mais le résultat est là: comme je l'ai écrit sur mon avatar Skipe: le nouveau karacool est arrivé 



Dans 2 j nous devrions être à Trinidad et je repense à la première page du blog, à la préparation du bateau . Que de travail accompli durant ces 8 mois! (et pourtant il semble en rester encore beaucoup; la page "le bateau" décrit les problèmes techniques rencontrés)
Que de rencontres nouvelles, impromptues et surprenantes dont certaines vont sajouter à notre carnet dadresse.
Que de paysages au cours des 1000 miles parcourus, une dizaine d’états, une trentaine diles et autant de mouillages où chaque matin est un horizon nouveau.

La nouvelle vie que nous recherchions se construit !

Nous avons essayé de vous faire  vivre un peu  de tout ça au travers des quelques pages de notre blog,
mais jai la sensation que nous sommes sur une autre planète; il est probable que les photos et les mots n'ont pas le même impact dans votre quotidien de terrien....sorry les amis! C'est l'occasion pour nous de vous inviter à venir nous rejoindre pour partager une petite tranche de vie sur Karacool.

. Cette page sera donc la dernière de ce qu'on pourrait appeler le premier chapitre.
Dans moins de 2 semaines nous serons heureux de prendre l'avion avec l'enthousiasme de retrouver nos proches et nos amis auxquels nous n'avons pas arrêté de penser durant ces derniers mois. Quel bonheur en perspective.

Mais pendant que je vous écris tout cela. Le vent a molli et nous ne serons pas à Grenada ce soir... Union Island est devant nous. Peut être qu'une nuit a Chatam Bay sera la bienvenue; on va en profiter pour mettre un peu d'ordre dans le restant de voile qui est saucissonnée sur la baume....





Le nouveau Karacool






Quelques photos souvenir de notre séjour à La Guadeloupe

La Soufriere, 1477m, une paille à coté de notre Fournaise, mais les vapeurs de souffre accentuent ce sentiment d'être aux portes de l'enfer


Basse Terre

Musée à St claude, une initiative d'un particulier qui s'est attaché à collectionner les objets anciens et à restaurer les vieilles automobiles, étonnant!

Grande Terre

à Morne à l'eau le cimetière du centre ville est impérial

Les falaises d'Ouessan? non, nous sommes à la pointe nord de Grande Terre

les Saintes, encore et encore; cette fois nous sommes montés au Chameau, le point le plus élevé de l'archipel: quel spectacle



Pendant que vous assistiez au Sakifo, nous étions au Festival Terre de Blues à Marie Galante